Historique du Studio-Théâtre

de La Louvière


3 - De grands moments



Les répétitions reprennent en septembre 1965. Jörg Madlener, remis de l'échec du projet de théâtre soutenu par la C.G.S.P., repart en pleine force avec l'Atelier de Théâtre.

Trois spectacles importants seront montés, aidés par notre mécène, Max Laire qui devient aussi l'homme des relations publiques de la troupe et s'emploie à recueillir des fonds (cartes de soutien, publicité). Jean Capiau fait son entrée dans la troupe.

Le premier spectacle est ambitieux, il tente de démonter les mécanismes du théâtre absurde à partir de trois pièces courtes : La Leçon d'Eugène Ionesco ; Oraison et Pique-Nique en campagne de Fernando Arrabal. L'Atelier de Théâtre élabore un ensemble architectural susceptible de matérialiser notre compréhension du théâtre absurde. Notre complexe (tours, praticable, lumière) représente une sorte de distance, de mise en question : nous exposons le théâtre absurde sans nous identifier à lui.

Max Michotte pose pour la photo au moment de la création du groupe surréaliste Rupture. Cliquez pour voir la page d'où provient la photographie.Définition du théâtre jésuite, du théâtre shakespearien, textes théoriques de Martin Esslin et de Georg Lukacs nous permettent d'éclairer le caractère idéaliste, voire conventionel du théâtre absurde. Vu l'importance du spectacle, trois équipes se sont partagé le travail. André Balthazar s'essaie à la mise en scène, Max Michotte et Robert Michiels au décor sous la houlette de Jörg Madlener qui initie aussi Claude Galand. Un nouveau venu prometteur : Jean Chalet.

Dix nouveaux acteurs et actrices sont venus renforcer les rangs du Théâtre prolétarien qui a momentanément changé de nom. Nous pensons que le terme « prolétarien » n'attire pas le public attendu : par contre, nous risquons d'attirer une partie du public institutionnel - ce qui va se passer.

Le spectacle sur le théâtre absurde se donne donc le 28 avril 1966 au Théâtre communal de La Louvière.

Pour l'été 66, il nous vient l'idée d'organiser un petit festival d'été, à la Hestre, non loin du domaine de Mariemont dont le musée attire, en été, un public important. Pourquoi ne pas essayer de retenir ce public par du théâtre ?

Nous prenons contact avec Madame Faider, directrice du musée de Mariemont. Il va de soi que nou souhaitons organiser ce mini-festival dans le parc, à l'intérieur des murs. Madame Faider nous reçoit fort aimablement mais ne peut répondre à notre demande. Elle le regrette vivement. Nous devons nous installer en dehors du parc. Nous décidons de nous fixer à deux cents mètres de l'entrée du parc, dans la salle du Préau.

Et c'est la Quinzaine du théâtre d'été avec La leçon et Pique-Nique en campagne, du 14 au 31 juillet 1966. En même temps, Max Laire, directeur de la galerie Eurotec à La Louvière organise une exposition de peintures. La quinzaine ne sera pas un triomphe au plan du public, car à notre désappointement les touristes qui visitent le musée ne feront pas le détour vers notre théâtre. Nous étions, au départ, convaincus qu'il fallait s'installer dans le parc. Néanmoins, nous aurons suffisamment de spectateurs pour nous récompenser de notre initiative.

Ainsi s'annonce la saison 66-67 qui sera la plus spectaculaire de toutes.


LA SAISON THÉÂTRALE DE 66-67

En 1966, Jean Louvet met au point Mort et résurrection du citoyen Julien T... qui va faire l'objet d'un spectacle impressionnant, ambitieux, dans un décor prestigieux attirant près de mille personnes au théâtre communal de La Louvière. Quels sont les effets de la crise économique sur l'individu en Wallonie ? Le cadre politique est la récolte par le Mouvement populaire wallon (M.P.W) de 650 000 signatures pour une vaste pétition qui réclame la réforme de la Constitution. L'idée du fédéralisme fait son chemin.

Nous louons dans le quartier de Longtain deux grands hangars pour construire le décor avec une équipe renforcée ; Hubert Pourtois, Jean Capiau, Robert Michiels, Max Michotte unissent leurs efforts autour de Jörg Madlener. Le résultat est plus qu'impressionnant. Une entrée de charbonnage, un magasin de poupées, une maison de gérant de charbonnage occupent l'espace, sans oublier, une voiture.

À la première, des spectateurs applaudissent, crient : « Voilà notre théâtre national ! » Ajoutons que le docteur Marcel Lambot a composé une très belle musique ; les musiciens occupent d'ailleurs l'espace pendant la scène du bal. Nous avons fait appel à des ouvriers du quartier « Mitant des Camps » pour qu'ils montrent aux acteurs une série de comportements : danser, par exemple, un tango, une valse en milieu populaire.

La pièce traite du chômage, de la migration quotidienne des travailleurs wallons vers Bruxelles, des 600.000 signatures recueillies par le Mouvement Populaire Wallon d'André Renard pour exiger une réforme de la Constitution en vue de l'obtention du fédéralisme :


Les soussignés, usant du droit que leur confèrent les articles 31 et 43 de la Constitution ont l'honneur d'adresser aux chambres du Parlement la présente pétition tendant à postposer l'adaptation des sièges au chiffre de la population jusqu'à l'accomplissement de la révision constitutionnelle.


La pièce sera reprise par le Théâtre du Dragon à la salle du « Gouffre » à Wasmes, dans une mise en scène de Jean Chalet, avec Louis Savary dans le rôle de Julien T...

La reconnaissance continue à venir de l'étranger. En 1967, à l'automne, Jean Louvet est invité par Michel Polac à lire sa pièce à l'O.R.T.F., dans le cadre de la Vième Biennale de Paris ; c'est Bernard Dort qui présente la pièce. Le tout est enregistré et sera diffusé le 13 décembre 1967.

Le Théâtre Populaire Romand (T.P.R.) invitera Jean Louvet à la Chaux-de-Fonds pour lire Mort et résurrection du citoyen Julien T... En fait, Charles Joris, le directeur, veut inviter Louvet en résidence à La Chaux-de-Fonds pour qu'il s'imprègne de la crise horlogère et écrive une pièce sur ce thème.

Faute de moyens, Charles Joris abandonnera le projet, mais la pièce sera lue dans un cycle où interviendra, notamment, Michel Vinaver avec Par-dessus bord.

Après Julien T..., l'Atelier de théâtre monte deux pièces en un acte : L'An UN et Pique-Nique en campagne. Spectacle léger qui tourne dès novembre 1967 et commence à Bruxelles, à l'U.L.B., à l'auditoire Janson.

En janvier 68, le C.L.E.0. de Houdeng-Aimeries invite le spectacle ; le secrétaire du P.S.B. invite les membres du parti socialiste à ne pas venir au spectacle, l'Atelier de Théâtre ayant des liens avec le P.W.T. Nous riposterons par un tract : La chasse aux sorcières dans les maisons du Peuple ? La tournée se terminera en avril 68 pour la Maison des Jeunes de l'Y.M.C.A.

Pendant la tournée, l'Atelier de Théâtre a mis une pièce en répétition : Le prix de la révolte au marché noir du jeune auteur grec Dimitri Dimitriadis - que Louvet avait rencontré à Bruxelles. La pièce sera créée par Patrice Chereau au Théâtre de Sartrouville, saison 68-69, puis représentée au Théâtre de la Commune à Auberviliers (affiche) dirigé par Gabriel Garran. C'est ce théâtre que visiteront Madlener et Louvet pour découvrir une expérience de théâtre populaire aidé par les pouvoirs communaux.

En 1967, l'ancien conservatoire qui se trouve dans un petit parc (placard du Hocquet) est donné à la troupe qui continue son travail de répétition et de formation, notamment à partir des petites pièces de Tchekov. Cet endroit, déjà délabré et promis à la démolition, est bientôt envahi par des dépôts de marchandises qui limitent de plus en plus l'espace de répétition, ce qui va miner le moral de la troupe. La pièce de Dimitriadis demande des moyens dont l'absence hypothèque le futur spectacle.

La troupe renonce à la pièce de Dimitriadis. En même temps, Jean Louvet abandonne tout projet de théâtre professionnel ou semi-professionnel. Il va opter pour une formule de théâtre pauvre en moyens matériels et dotée d'une dramaturgie exigeante liée à un répertoire de création : mettre la Wallonie sur un plateau de théâtre en termes de dramaturgie moderne. Le projet continue fidèle aux débuts du théâtre prolétarien, avec des acteurs et actrices exigeants, formés à une analyse et une dramaturgie correcte.

Ce sera une sorte de théâtre-citoyen ; l'acteur s'engage pour une période de deux ans au moins. De 1962 à 2003, quelques centaines d'hommes et de femmes ont participé, de près ou de loin, à cette activité qui a connu des fortunes diverses. Qu'on pratique exclusivement le théâtre ou qu'on privilégie davantage la lutte politique ou d'autres formes de résistance, l'activité va se maintenir pendant plus de quarante ans.

Après mai 68, la troupe entre en léthargie. Arrêt à nouveau des activités théâtrales.


À PARTIR DE MAI 68

En mai 68, arrêt des activités théâtrales. Naissance d'un groupe de réflexion à partir des théories d'Herbert Marcuse et des situationnistes.

Dès mai 68, Jean Louvet participe à quelques assemblées générales à l'U.L.B. à Bruxelles. Il y rencontre un groupe : Robert Dehoux, Paul Taminiaux, Noël Godin auxquels s'est joint Michel Laithem qui, lui, fait partie de la troupe et est étudiant à l'U.L.B. Robert Dehoux tient un club privé à Uccle, l'« Estro armonico ». Ce groupe est proche des thèses situationnistes. Robert Dehoux organisera dans son club une exposition de photos rares, celles des membres de la bande à Bonnot, après leur mort.

Ce groupe va vivre jusqu'à fin 70, se réunissant à Bruxelles, à La Louvière, à Écaussines où il tient un congrès en été 1970. Le groupe va s'appeler : Rupture expressionaliste (R.E.). Il agit donc en mai 68 à l'U.L.B. où il prend le nom de R.E. - secteur provisoire U.L.B.

Un texte Deux mots reprend la publication d'un manifeste connu, daté de 1967, rédigé par des membres de l'Internationale situationniste et des étudiants de Strasbourg. D'autres publications suivront pendant deux ans. C'est une critique radicale du système capitaliste, du réformisme, de la bureaucratie syndicale. L'autogestion, les conseils ouvriers ont seuls grâce aux yeux de « R.E. ».

Une antenne existe à La Louvière. On y fait des exposés au domicile de Jean Louvet et Janine Laruelle, rue Kéramis n° 53 (devenu depuis lors un magasin). Exposés sur L'homme unidimensionnel de Marcuse, l'objection de conscience, etc. Le groupe intervient dans la vie quotidienne. Par exemple, à la Saint-Nicolas, à l'entrée des Grands magasins, distribution de tracts pour recommander certains jouets ; parfois à l'entrée des cinémas, recommander tel film (« Z », notamment). Au sein du groupe, une tendance s'avère de plus en plus radicale, envisageant des actions directes.

Fin 70, le groupe se dissout.

C'est en 1971 que Frans Badot propose de relancer le Théâtre prolétarien. La troupe s'installe à Bois D'Haine, au Bateau-Lavoir chez le photographe Christian De Bruyne. Les répétitions se font au grenier, mais il y fait très froid.

Vue intérieure des usines Boël. Cliquez pour agrandir et voir d'autres photos.Nous nous installons à Péronnes, dans l'arrière-salle d'un café fréquenté essentiellement par des ouvriers émigrés italiens parmi lesquels une bande de jeunes très accueillants avec qui nous passerons des soirées mémorables. C'est Vincent, ouvrier aux usines Boël, qui est le maître des lieux.

La troupe s'organise en coopérative ; les membres de la troupe qui ont un travail versent une part de leur salaire pour une caisse qui pourvoira au minimum des besoins.

Jean Louvet écrit Le Bouffon pour la troupe qui connaîtra à Peronnes une véritable réussite de théâtre ouvrier : quartier ouvrier, public ouvrier, pièce sur le prolétariat confrontée à une classe moyenne aux abois, poujadiste ; quelques-uns des acteurs sont des ouvriers : Willy Fievez, ouvrier aux usines Champion, interprètera le rôle du délégué syndical dans Le Bouffon.

Entre-temps, Jean Louvet écrit L'aménagement et termine l'écriture d'À bientôt, Monsieur Lang entreprise depuis plusieurs années ; la pièce est publiée en 1970 aux Éditions du Seuil à Paris, puis elle est montée par Marc Liebens au Théâtre du Parvis à Saint-Gilles (Bruxelles) en janvier 1972. Bernard Dort et Renée Saurel viennent voir le spectacle et c'est Renée Saurel qui fait la critique du spectacle dans la revue de Jean-Paul Sartre : Les temps modernes. La pièce est traduite en allemand par Heinz Schwarzinger pour Universel Edition à Vienne.

À bientôt, Monsieur Lang sera mis en scène en 1999 par Pierre Louvet au Studio-théâtre de La Louvière. La pièce intéressera tout un temps Gildas Bourdet en France, puis un metteur en scène à Brême, mais il n'y aura pas de suite. Gildas Bourdet pense un moment associer des écrivains à un spectacle sur le travail ; il invite Michel Vinaver et Jean Louvet à Lille pour une rencontre. Finalement ce spectacle sera une création collective - sans auteurs.

Revenons au Bouffon qui va faire une tournée dans la région et à Bruxelles.

Il faut savoir qu'à l'époque il existe dans la région une série de lieux animés souvent par des bénévoles qui accueillent les productions de Théâtre prolétarien. Le spectacle sera donné à Péronnes, à Haine-St-Pierre, à Familleureux-Besonrieux, La Hestre, Feluy, Piéton.

En janvier 73, aux Marolles, à Bruxelles, le Théâtre prolétarien est invité par l'École Nationale Supérieure d'Archives et des Arts visuels (La Cambre) et l'A.R.A.U., dans le cadre d'une exposition, en octobre/novembre 72, sur Erwin Piscator et une série de documents sur le théâtre politique belge.

En 1973, Jean Louvet écrit Les Clients ; la même année, la pièce est créée à France-Culture dans une réalisation de G. Peyrou avec Pierre Trabaud, Loleh Bellon, Michel Creton. Signalons que le même réalisateur avait produit aussi à France-Culture À bientôt, Monsieur Lang avec Raymond Gerome, Marie Dubois et Med Hondo.

Le Théâtre prolétarien monte Les Clients à Haine-St-Pierre, Hôtel de ville, les 7 et 8 juin. Christian Bourgois publie la pièce avec Le Bouffon à Paris. La collection « T » qui a publié aux Éditions du Seuil À bientôt Monsieur Lang arrête ses publications.

En avril 74, Jean Louvet participe au Centre d'Etude Théâtrale (C.E.T.), à Louvain-la-Neuve, à un débat sur la fonction du dramaturge avec Bernard Sobel, Bernard Dort, Jacques De Decker. C'est à cette occasion que Marc Liebens (photos 4, 7 et 8) présente Michèle Fabien et Jean-Marie Piemme à Jean Louvet.

En 1974-75, le Théâtre éclaté d'Annecy, dirigé par Alain Françon (aujourd'hui directeur du Théâtre de la Colline à Paris) veut monter Le Bouffon. Jean Louvet rencontre à Annecy une réunion de délégués syndicaux. La troupe va se heurter aux pouvoirs publics qui s'opposent à la réalisation du Bouffon. Le ton monte. Le Théâtre éclaté va jusqu'à organiser une manifestation dans la ville : il faut sauver la troupe et monter Le Bouffon !

Le projet avorte.

Au foyer culturel de Haine-St-Pierre, très dynamique à l'époque, organise un séminaire sur la Wallonie : il s'agit de maîtriser la question nationale et d'affiner ses connaissances économiques et historiques.

En 1974, Jean Louvet est invité à l'IAD pour monter Le Bouffon avec les avec les étudiants des quatre années et les professeurs de l'école. Le spectacle a lieu au Botanique.

En avril et mai, le Théâtre des rues monte Le train du bon Dieu mise en scène de Jean Delval et décor de Jean Capiau ; le spectacle se déroule au Parking -2, Place Rogier à Bruxelles.

Chapelle des Pénitents blan cs à Avignon.La Chapelle des Pénitents blancs : « En 1970, Jean Vilar fait appel à vous pour faire entendre la voix des auteurs contemporains au Festival d'Avignon. (...) Tous les amoureux et fidèles d'Avignon gardent le souvenir ému de cette tentative expérimentale, dans la petite Chapelle des Pénitents Blancs mise à votre disposition, à l'entrée de la rue des Teinturiers, que l'animation du Festival n'avait pas encore gagnée. » (Discours lors de la Remise des insignes de Commandeur à Lucien Attoun)
Le Train du bon Dieu au Festival d'Avignon de 1975

Le 22 juin 1974 se constitue en A.S.B.L. l'Ensemble Théâtral Mobile (E.T.M.) avec comme administrateurs Janine Patrick, Michèle Seutin, Michèle Fabien, Marc Liebens, Jean-Marie Piemme, Jean-Paul Hubin et Jean Louvet.

Treize ans après sa création à La Louvière, Le Train du bon Dieu est présenté au Festival d'Avignon en juillet 1975 par l'Ensemble Théâtral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens et invité dans le cadre du  « Théâtre ouvert », initié par Lucien et M. Attoun à la Chapelle des Pénitents blancs. Armand Delcampe publie la pièce, dans sa collection Cahiers théâtre Louvain, illustrée par les premières photos professionnelles de Raymond Saublains.

En 1975, la C.G.S.P. crée une Commission culturelle (avec André Vogels, Roger van Bockstael, Robert Bay et quelques membres du Théâtre prolétarien). Parallèlement, une initiation au cinéma est mise en place pour les élèves du secondaire général et technique provincial de la région du Centre ; Maurice Molle et Adelin Trinon nous conseillent La Chevauchée fantastique de J. Ford, Lacombe Lucien de Louis Malle, La ruée vers l'or de C. Chaplin et un documentaire sur Breendonck de F. Buyens. Ce ciné-club, L'Autre film, vivra quelques saisons.

Toujours en 1975, une section d'Hypothèse d'école se met en place à La Louvière ; le Théâtre prolétarien y participe. Il s'agit d'une association qui mène une réflexion radicale sur l'enseignement. C'est l'époque où plusieurs enseignants sont rayés de l'enseignement à cause de leurs idées. Marcel Penasse est des plus connus - outre l'école, il travaille avec Guy Denis au Capich' Théâtre. Un autre enseignant et homme de théâtre, Jean-Pierre Willemaers, est exclu de l'Athénée provinciale de La Louvière ; pour le défendre, une manifestation est organisée dans les rues de La Louvière ; Hypothèse d'école, le Théâtre prolétarien, La Gauche de la région participent à l'événement.

La saison 75-76 du Théâtre prolétarien est consacrée à Conversation en Wallonie créée à Haine-St-Pierre en décembre 1976 dans la salle de l'Hôtel de Ville. Ce sera une des plus belles réussites du Théâtre prolétarien. Jacques Dapoz fait une composition étonnante du jeune Jonathan, relayé par Jean-Pierre Soumois, Jonathan adulte dans un jeu très maîtrisé. Janine Laruelle joue la mère, Alice, Arthur Pohl le père. Jean Capiau résout le problème des divers lieux par un système de tours pivotantes. Il faudrait parler de tout le monde, dans cette troupe, chacun à sa façon concourant au succès de cette pièce qui sera montée par quelques professionnels dont Marc Liebens à la Maison de la Culture à Tournai avec une version resserrée, Jean-Louis Martin-Barbaz dans le Nord de la France, Armand Delcampe enfin qui montera la version complète au Festival de Spa avec le succès que l'on sait.

Tournée importante dans la région du Centre, à Liège et à Bruxelles. À Lisbonne, un metteur en scène et cinéaste, Jorge Silva da Melo, veut monter la pièce au Teatro da cornucopia. Le projet se présente très bien (traduction, choix des acteurs), c'est Jean Jourdheuil qui a recommandé la pièce. Louvet et da Melo échangent quelques lettres, quelques photos d'actrices et d'acteurs. La pièce est traduite en portugais. Mais le gouvernement Soarès va imposer des restrictions budgétaires, le théâtre portugais n'est plus à même de monter la pièce, faute de moyens financiers. Suite aux restrictions budgétaires imposées aux théâtres, le projet échoue.

Après 1976, le Théâtre prolétarien tourne avec le spectacle à Feluy où la troupe conduit une animation importante avec le car-video de la Province de Hainaut : interviews de jeunes à montrer aux anciens, et vice-versa. Feluy nous accueillera souvent par le biais d'une équipe autour de Philippe Busquin qui nous soutiendra toujours avec sa femme, qu'ils soient enseignants ou que lui soit ministre.

Conversation en Wallonie continue à tourner à Forchies, à Houdeng, aux Chiroux à Liège, aux Halles de Schaerbeek, à La Louvière, à Farciennes, à l'Université du Travail à Charleroi, à Péronnes-les-Binche, à Lobbes (7 nov. 77).

Marc Liebens monte la pièce - version courte - à la Maison de la culture de Tournai dirigée par Bernard Debroux. C'est la troisième pièce de Louvet que monte Liebens qui est le premier ambassadeur important du théâtre de Louvet dans le milieu professionnel.

Le texte est publié chez Jacques Antoine à Bruxelles avec un commentaire de Michèle Fabien qui analysera à plusieurs reprises le théâtre de Louvet. Édition en 1978.

Au Théâtre prolétarien, la saison 77-78 repart avec le projet de monter À bientôt, Monsieur Lang.

Pendant l'hiver, les conditions deviennent difficiles. Locaux de répétition peu appropriés, mal chauffés voire délabrés ; pas assez d'aide. La troupe est submergée par les problèmes personnels des actrices et des acteurs. L'ambiance est de moins en moins propice à un travail sérieux. Ce n'est pas la première fois que le Théâtre prolétarien connaît des difficultés, interrompt ses activités. Mais cette fois, la crise est profonde. Jean Louvet, fatigué, n'a pas l'énergie pour dominer la situation.

Fin du Théâtre prolétarien en 1978.

Acteurs et actrices se sont surpassés : Arthur Pohl, Robert Stoupy, Janine Laruelle, Jacques Dapoz, Francine Pety, Jean-Pierre Sournois et d'autres, dans un superbe décor de Jean Capiau, ont fait de Conversation en Wallonie un spectacle marquant.

Les mois passent.

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1. Le Théâtre prolétarien
2. L'An Un et contexte politique
3. De grands moments
4. Le Studio-Théâtre de La Louvière