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Historique du
Studio-Théâtre
de La Louvière
1-
Le Théâtre prolétarien

Il
y a une
constante dans cette aventure : quelle que soit l'appellation
de la
troupe (
Théâtre
prolétarien,
Atelier
de Théâtre,
Studio-Théâtre
de La
Louvière), l'activité est animée par Jean et Janine Louvet
-
Laruelle,
entourés d'un noyau dur. On retrouve Raymond Saublains,
Frans
Badot, Jean Capiau,
André
Balthazar,
Michel
Debauque dans la
première
décennie, rejoints par des ouvriers des Laminoirs de Longtain ou de la
SNCB.

Ces
hommes et ces femmes se sont
rencontrés pendant
la
grève de 1960-1961, appelée « grève du
siècle ». Les
activités de
type non-professionnel et
engagé ont commencé à l'automne 1961, après la
grève générale. L'aire
de diffusion est essentiellement centrée sur La Louvière et les
environs. Ils décident de former une
troupe avec la volonté de sortir de l'impasse la
région
du
Centre.
L'ORIGINE
DU
THÉÂTRE PROLÉTARIEN
Après
la grève qui paralyse la Wallonie pendant un mois, de décembre 1960 à
janvier 1961, un groupe de grévistes s'est formé. Ils sont liés par
l'amitié, la solidarité, l'action, la volonté de sortir de l'impasse la
région du Centre et la Wallonie - la crise économique
va supprimer
200.000 emplois.
Il y a dans le groupe des
enseignants : André
Balthazar (qui, par ailleurs, a lancé avec
Pol Bury
le « Daily
Bul »), Michel Debauque, rejoints par
Willy Claes, Jean-Pol
Baras. Quelques ouvriers : Léon Hardat, les frères
Jauniaux,
cheminot
et paveur, Luc Mezzeta, un peintre, Janine Ponsart.
La
motivation essentielle : ne pas se quitter après tant d'heures
passées
ensemble, nuit et jour, dans les manifestations, les piquets de grève,
les assemblées, les actions où l'on prend parfois de gros risques
(affrontements avec la gendarmerie, attentats) ; la grève va
prendre des
allures insurrectionnelles, les sabotages conduiront des grévistes en
prison.
UNE
SECTION J.G.S. À LONGTAIN
Même
si certains membres ont plus de vingt-cinq ans, le projet de créer une
section de Jeunes Gardes Socialistes dans le quartier de Longtain
retient d'abord l'attention du groupe qui se réunit au Café du Pont
(aujourd'hui disparu) à Longtain.
Pourquoi
Longtain ? Trois membres du groupe - les
trois ouvriers - habitent le
quartier, vieux bastion socialiste. Les dates de réunion sont perdues,
mais on peut imaginer que le projet prend forme au printemps 1961.
Le
texte suivant est prononcé par
Jean Louvet,
à Longtain. Mais devant
quel public ?
Camarades,
Comme vous
avez pu vous rendre
compte par les circulaires passées sous vos portes, la section Jeunes
Gardes Socialistes a été recrées après un assez long silence. Ce n'est
pas à vous que nous apprendrons ce qu'est la Jeune Garde. C'est avec
émotion que nous avons retrouvé le drapeau de la Jeune Garde de
Longtain qui date de 1896, drapeau que beaucoup sans doute ici ont
suivi dès leur prime jeunesse.
Pourquoi
avons-nous eu cette idée ? Pendant la grève, nous avons pu
voir combien
la jeunesse avait affirmé sa volonté de lutte, sa volonté de
comprendre, sa volonté de participer, au grand étonnement de ceux qui
croyaient que la jeunesse se désintéressait de la politique.
Ils avaient oublié que les jeunes savent bien que s'ils ne
s'occupent pas
de politique, la politique s'occupe d'eux.
Comme Longtain n'était pas encore représenté dans la
Fédération du Centre des
J.G.S., des jeunes du quartier ont exprimé le désir, eux aussi, de
faire partie de ce grand mouvement. Ils iront vous solliciter, sans
doute, car ils n'ont rien. Ils ont besoin que vous les souteniez, que
vous souteniez leurs journaux.
Nous
ne pouvons
formuler qu'un voeu, à vous les jeunes qui désirez nous joindre, nous
disons : venez, nous vous accueillerons dans une ambiance de
fraternelle camaraderie.
Maintenant,
je passe la
parole à Saublains, membre du Bureau exécutif de la Fédération des
J.G.S.
LES
J.G.S.
Dans
les archives
des tout
premiers débuts du
Théâtre
prolétarien - en fait, avant même sa
création - nous avons retrouvé une note
intitulée
Réunion
locale
non
datée :
Organisation
de jeunesse socialiste qui, sans être une entreprise de bourrage de
crâne, doit tâcher, à travers toutes sortes d'activités, d'inculquer
une certaine éducation politique.
Comment
allons-nous envisager la section ?
-
D'abord,
le
comité actuel (3 membres) est tout provisoire ;
- Ensuite,
une section J.G.S. n'est pas un groupe où un ou deux parlent et les
autres écoutent. Tout le monde parle et tout le monde a le droit de
dire des bêtises ;
- Une
réunion
doit
poursuivre
trois buts :
a) D'abord se
distraire : on
a fini sa journée, on se détend
dans une
ambiance de camaraderie franche ;
b)
Agir :
certains
camarades ont déjà
pu se rendre compte de certaines formes d'action. Un J.G.S. agit parce
qu'il est socialiste. Et que le socialisme ne se fait pas en chambre.
Il faut répandre ses idées, toujours être à l'avant garde (affiches,
tracts, chaulage, meeting,...) ;
c)
S'instruire.
Partie
la plus
délicate. Avoir une idée du socialisme, chercher des loisirs qui
répondent à cette idée (lectures, cinéma, politique, etc.)
:
- Lecture :
bibliothèque ;
- Cinéma : farde ;
-
Conférences :
c'est à
vous de voir
comment vous envisagez le problème. Présenter les problèmes politiques,
sociaux de la manière la plus vivante, la moins revêche. Racisme,
guerres coloniales, problèmes syndicaux, le logement à Longtain, les
problèmes à mon travail. Genre
de petits
exposés.
Vous-même (dix minutes) vous apprendrez à parler. Vous apprendriez à
prendre la parole en public logiquement ;
- Quels
sont les
sujets que vous souhaitez écouter ? S'il n'y en a pas pour
l'instant :
ne pas vous forcer. Mais une manière, la plus directe, en lisant
« La
Jeune Garde », s'il y a des articles qui vous paraissent
incompris, s'il
y a des termes, des organisations ;
- En
un mot,
vous vivez
dans une société capitaliste et vous voulez devenir socialiste, il faut
bien comprendre ses rouages ;
- Donc,
responsable : cinéma -
voir les brochures être curieux, à l'affût ;
-
Bibliothèque ;
-
Responsable journaux :
30 x 3 = 90 francs ;
- Chemise + cravate (1)
;
- Prochaine réunion : lire
tous le
journal J.G.S.
---------
(1)
Les J.G.S. portaient une chemise bleue et une cravate rouge. Avant la
guerre, Gonzalès Decamps fait remarquer qu'il y avait des centaines de
J.G.S., par exemple, à Morlanwelz.
Ces notes
sont inégalement rédigées. Elles ne sont pas datées, mais la réunion
dont il est question suit logiquement celle dont il est question dans
le texte précédent.
On perçoit cette volonté de
ne pas s'ennuyer. C'est peut-être ce qui va motiver l'envie de créer
une troupe de théâtre. Dans nos discussions a prévalu l'idée qu'une
troupe de théâtre répondait à des talents divers, chacun pouvant y
trouver une place. Les plus politisés avançaient l'idée qu'on pourrait
dire au théâtre ce qu'on ne pouvait dire dans les assemblées politiques
où la bureaucratie cadenassait la prise de parole.
Il
est certain qu'en octobre 1961, quand a eu lieu la commémoration
du
Fusil brisé,
le projet
d'une troupe de théâtre a
fait son chemin.
En
revenant à la note ci-dessus, la vente du journal de la J.G.S. est une
tâche importante, car elle oblige les militants à circuler dans les
quartiers ouvriers. Avec Jean Rombaux, j'étais chargé du
quartier de
Mitant des Camps. Le soir, nous y faisions du porte à porte.
C'était
l'occasion d'échanger avec les acheteurs des prises de position
politiques. Évidemment, nous ne faisions pas toutes les portes et la
vente ne s'opérait qu'à la sortie du journal.
Par
ailleurs, c'est Léon Hardat, manoeuvre aux
Laminoirs
de
Longtain qui
assure le secrétariat de la section J.G.S. éphémère. Plus tard, il
jouera un rôle tout à fait inattendu par rapport à Jean Louvet. Notons
que Léon Hardat mourra relativement jeune suite à une intervention
dentaire particulièrement lourde.
LE
FUSIL BRISÉ
Le
quarantième anniversaire du
Fusil
brisé va jouer
un rôle important
dans la création du
Théâtre
prolétarien dans
notre région.
Tout
d'abord,
qu'est-ce le
Fusil
brisé ?
Il
faut remonter
quelques années après la guerre 14-18, plus exactement en septembre
1921 : des syndicalistes organisent une semaine de discussions
à
Morlanwelz ; des militants syndicaux étrangers y prennent la
parole
parmi lesquels
Johan
Sassenbach, allemand, qui doit parler du contrôle
ouvrier en Allemagne.
La semaine de débat
débutait le lundi 5 septembre pour se clôturer le samedi 10 septembre.
À mi-semaine, le 7 septembre, une grande conférence publique des
délégués étrangers était annoncée à La Louvière.
Une
« Association des combattants » appose une
affiche :
« Proteste
énergiquement contre l'arrivée, à La Louvière, d'un délégué
allemand...
fait appel aux invalides...
et aux
déportés qui ont été
martyrisés
dans les
prisons d'Allemagne...
Halte au Boche ! »
Le
7 septembre arrive. Le cortège des syndicalistes arrive de Morlanwelz à
La Louvière où le meeting doit se tenir à la
Maison
du
Peuple.
Quand
le cortège débouche place « Jules Mansart », des
contre-manifestants
« patriotes » tentent de bloquer l'entrée de
la
Maison du
Peuple.
Une
bagarre éclate.
Va se former une
« Ligue du
Drapeau », groupant les principales personnalités des partis
libéral et
catholique. Les couleurs nationales ont été souillées. Les drapeaux des
patriotes ont été mis en lambeaux lors de la bagarre devant la
Maison
du Peuple.
S'organise donc une
« Journée expiatoire » destinée à glorifier le
drapeau
national.
Une
manifestation aura lieu le 12 octobre.
« Il
est
trop tôt pour nous imposer la présence de nos ennemis d'hier,
d'aujourd'hui, de demain. »
Les choses
n'en
restent pas là.
Il faut une riposte à la
« Journée expiatoire » ! La fédération
locale socialiste de La Louvière
lance un appel pour la manifestation du 16 octobre. Il y aura un nouvel
étendard : un soldat, un jass brisant son fusil. À bas la
guerre !
Le
drapeau fut jugé séditieux, poussant à l'indiscipline, à la révolte.
Comme
Edouard
Anseele, ministre socialiste, assistait à cette
manifestation et y avait prononcé un discours, le ministre libéral de
la guerre démissionna, entraînant la démission des ministres
socialistes.
Le temps passe.
Quarante
ans après, soit le 15 octobre 1961, La Louvière commémore le
Fusil
brisé. L'organisation est confiée aux J.G.S. et à l'Action
commune.
Quatre
mois avant, le programme est mis au point. Une carte de soutien à 5
francs est imprimée. Un insigne métallique à 15 francs est fabriqué (un
petit fusil brisé couleur aluminium).
Dans le
numéro
Contact
J.G.S.
n° 2, Hector
Roland, secrétaire fédéral du
P.S.B. publie un éditorial d'une étonnante actualité :
NOTRE
PLANÈTE
tourne à l'envers, ses
dirigeants, qu'ils soient de l'est ou de l'ouest, ne
sont plus sur leur orbite et nous entraînent dans un chaos qui fait
douter de leur intelligence.
Ils veulent
atteindre la lune, la pauvre doit en avoir froid dans le dos. Nos
énergumènes souhaitent l'atteindre pour y porter la civilisation de la
terre qui tourne à la folie collective.
Pour
préparer la paix, ils préparent et font exploser des bombes "H" qui
doivent sans doute porter aux peuples de notre planète les bienfaits de
la civilisation, répondant en cela aux intérêts sacrés des finances
internationales.
Des millions d'humains ont faim
et ont leur prépare des champignons de la mort plus monstrueux encore
que ceux de Hiroshima. (...) L'on bâtit des écoles où sont donnés
des cours de morale, de religion et d"humanisme. Dans le même temps et
aux
mêmes heures, l'on chantera les mérites de ceux qui ont gagné une
guerre... Curieuse éducation !
(...)
Le 15 octobre
prochain, les Jeunes Gardes Socialistes mettent sur pied une grande
manifestation anti-militariste, à La Louvière. Des participants de tous
les pays crieront leur opposition au militarisme et aux pactes de
guerre. Cette manifestation aura lieu quarante ans, presque jour pour
jour, après le fameux incident du « Fusil brisé » de
1921.
Cet
incident est devenu notre symbole.
Les moments
que nous vivons sont équivoques, nous sommes sur un volcan. Par son
caractère, à chaque instant, il peut vomir la guerre.
Jamais
la situation n'a été aussi alarmante qu'en ces derniers temps. Ce
serait un crime vis-à-vis du monde ouvrier que de taire nos
pressentiments. (...)
La manifestation du
15
octobre ne sera pas une simple commémoration. Elle sera aussi une prise
de position sur des revendications actuelles et brûlantes. (...)
Et
l'événement se déroule en octobre 1961 suivant un rituel préparé depuis
des semaines. Réception le samedi des Jeunesses socialistes des pays
étrangers. Le samedi soir : colloque international consacré à
la lutte
contre la guerre. Exposition : livres, journaux,... avec des
oeuvres de
Mazereel ; guerre 14-18, 40-45, atrocités des guerres
coloniales,
horreur nucléaire. Rappelons la marche anti-atomique en 1960.
Suite
de la commémoration du
Fusil
brisé le dimanche
dans les rues de La
Louvière ; fin avec un meeting international. Slogans
prévus : quittons
l'OTAN - Plus d'armée en
Belgique - Des maisons, pas des
cannons - STOP
à la bombe H, pas de bombe atomique.
Lors du
meeting
du dimanche, le groupe de l'
Internationale
des
résistants à la
guerre rappellera qu'il y a eu en Belgique 600 objecteurs
de
conscience qui, depuis dix ans, totalisent 1.000 années de prison.
Parmi
les délégations étrangères d'Angleterre, d'Allemagne, d'Algérie se
trouvent les
Rote
Falken
de Cologne.
NAISSANCE
D'UNE TROUPE
Le
projet de la troupe est né avant
octobre 61. Ce qui apparaît nettement, c'est qu'en discutant
de ce
projet de théâtre politique avec les
Rote
Falken,
ceux-ci nous
invitent à jouer du Brecht, auteur très mal connu en Belgique.
L'idée
est retenue.
Le projet se précise.
Un
échange de lettres La Louvière / Allemagne apporte des informations.
Nous
découvrons l'oeuvre d'
Erwin
Piscator avec qui
Bertolt
Brecht a travaillé.
Lecture de l'ouvrage
Arthur
Adamov écrit par
Arthur
Adamov ; nous y
découvrons l'existence des petits théâtres prolétariens de
l'entre-deux-guerres.
Le nom de la troupe est
trouvé :
Théâtre
prolétarien.
La
troupe
commence a découvrir les auteurs de théâtre politique. Adamov,
notamment, que J. Louvet rencontrera au
Bar
du Old
Navy à
Saint-Germain des Prés, puis lors d'une conférence à l'Université Libre
de Bruxelles où Adamov avait évoqué ses rapports avec le
Berliner
Ensemble.
Le
Berliner
Ensemble, c'est le
théâtre de Brecht à Berlin-Est. Une usine. Trois cents personnes. Les
mises en scène sont consignées dans des
Modelbuch,
avec une
série de
photos.
À l'automne 61, Jean Louvet se
met en
rapport avec le
Berliner.
La
troupe demande à
Monsieur
Hecht
l'envoi d'un
Modelbuch
pour
Les fusils
de la mère
Carrar de Brecht, que le
Théâtre
prolétarien a décidé de monter
(
Die Gewehre der Frau
Carrar).
Une
lettre de
Jean Louvet à Monsieur Hecht témoigne du travail de la troupe qui s'est
installée à
La
Jeune Hirondelle, un café ouvrier,
dans le quartier de
Bouvy, où il y a une arrière salle partagée par des colombophiles et
des boxeurs.
Les roucoulements des pigeons
n'étaient pas trop gênants ; par contre, à chaque répétition,
démonter
puis remonter le ring de boxe n'était pas une mince affaire pour
retendre les cordes le plus correctement possible.
Lettre
du 8 décembre 1961 à Monsieur Hecht :
« ...la
difficulté majeure
est de tenir le juste milieu entre un ton trop froid, voire monotone et
le
pathos - influence du mélo sur la classe
ouvrière....
(...) difficulté à libérer les
acteurs amateurs de l'effet qu'a produit sur
eux la théorie de l'effet de distanciation ».
La
section J.G.S. pure et dure a donc fait place à une troupe de théâtre.
Il n'empêche que plusieurs membres de la troupe vont garder des
contacts avec la J.G.S.
Que se passe-t-il après
le
Fusil brisé ?
Il
règne dans la région un
militantisme politique important, qui se focalise autour des J.G.S., du
journal
La
Gauche, de la
Quatrième
Internationale créée par
Léon Trotski,
le
Mouvement
Populaire
Wallon - MPW.
Formation,
information, action obéissent à deux axes :
- La
politique
internationale ;
- Luttes
pour le fédéralisme et
les réformes
de
structure.
Quelques exemples :
-
Pierre
Le Grève vient parler de la
Huitième
année de la
révolution
en
Algérie (24 nov. 61) ;
- Toujours
en 61,
Ernest
Glinne vient
évoquer les problèmes de l'Angola ;
- À
la même
époque,
Ernest
Mandel
vient analyser la Révolution cubaine.
À
noter que ces conférences sur la politique internationale
s'accompagnent souvent d'actions de soutien. Ainsi, en 1960,
Année
mondiale des réfugiés, s'organise une récolte de vêtements
et de
livres pour les réfugiés algériens. Récolte de médicaments et de sang
pour les pays en guerre contre la colonisation.
L'épicentre
de la révolution mondiale reste en Afrique, Asie, Amérique du sud et
Amérique centrale, mais avec la grève générale de
60 - 61, nous avons
assisté à un réveil du prolétariat qu'on croyait livré corps et âme à
la société de consommation.
ous entrons dans
une décennie, avec plus tard
Mai 68,
puis le
Mai
rampant italien,...
où nous ne serons
pas seuls en Wallonie pour suivre les effets de la
social-démocratie dans ce coin d'Europe occidentale blessé
économiquement par une hémorragie terrible.
Le
18 mars 62 prend fin la guerre d'Algérie qui aura
duré 7 ans et quatre
mois. Le mois suivant, en avril 62, le Mouvement Populaire
Wallon créé
par
André
Renard organise une grande manifestation à Liège pour le
fédéralisme et les réformes de structure. Le
Théâtre
prolétarien
participe à cette vie politique par le biais de quelques-uns de ses
membres.
En mai 62, Ernest Glinne
pointe un
danger : « Existe-t-il un danger de l'extrême droite
en Belgique ? » Le
même mois, les J.G.S. tiennent leur congrès à La Louvière.
C'est
Raymond
Saublains
qui présente le rapport administratif ; il
met
l'accent sur la formation politique en profondeur.
André
Vogels propose de refaire tous les ans une petite manifestation
du
Fusil Brisé
au stade local, autour
du 15 octobre.
Le
congrès s'alarme de plus en plus de voir se dégrader l'économie de
notre région.
Exige que toute nouvelle fermeture
d'usine ou de mine soit conditionnée par le reclassement préalable des
travailleurs licenciés.
S'opposera par tous les
moyens à la législation sur le maintien de l'ordre limitant le droit de
grève et réclame l'amnistie totale pour les grévistes de la grande
grève de 1960-61.
Signalons que la formation
politique s'opère par un système de conférences suivies de débat et par
le Centre de formation marxiste où le Professeur Gonzalès Decamp traite
de plusieurs thèmes dont : « Le mouvement ouvrier
belge depuis sa
naissance », « La Révolution russe et ses
répercussions », « La Révolution
espagnole ».
Enfin, le congrès J.G.S.
constate
que la « lutte de tendance au sein du mouvement ouvrier entre
dans sa
phase cruciale ».
Que signifie cette
dernière
constatation ?
En fait, il s'agit d'une
lutte au
sein du P.S.B.
Il y existe ce qu'on appelle une
opposition de plus en plus forte qui veut faire accepter par les
dirigeants du P.S.B. le fédéralisme et les réformes de structure. Il
faut changer la forme de l'État belge. Dans les derniers congrès, cette
opposition grandit si bien qu'en 1964, cette opposition atteindra
presque la moitié des voix. C'est ce moment crucial que
Paul-Henri Spaak
choisit pour faire exclure du P.S.B. les partisans de ces réformes,
partisans qui sont en même temps dans la mouvance du journal
« La Gauche ».
Fin 1964 et
début 1965 se créera le Parti Wallon des
Travailleurs (P.W.T.)
Après avoir brossé dans
les grandes lignes le contexte politique, revenons à novembre 1961
au
Théâtre
prolétarien.
La
troupe répète donc
Les
fusils de
la mère Carrar, un épisode de la
guerre civile en
Espagne.

Au
cours de ces répétitions,
Léon Hardat approuve le choix de Brecht mais
se demande pourquoi le
Théâtre
prolétarien ne jouerait pas une pièce sur la grève
générale
que tous
les membres de la troupe viennent de vivre. Léon Hardat suggère à Jean
Louvet d'écrire une pièce. À cette époque, J. Louvet a écrit
quelques
récits, mais pas de théâtre. Sauf une sorte de
« fantaisie » qu'il a
écrite entre 1956 et 1959, au lendemain d'une conférence que
Jean-Paul SARTRE
est venu faire à l'U.L.B. sur ses
Questions
de méthode. Janine
Laruelle, sa femme, lui rappelle l'existence de ce texte qu'elle
a lu.
J. Louvet retrouve le manuscrit, le développe, l'adapte. Et
c'est
Le
train du bon Dieu.
Le
premier spectacle du
Théâtre
prolétarien comportera donc deux
pièces :
Les
fusils de la
mère Carrar et
Le
train
du bon
Dieu ; il se donnera le 7 avril 1962
à la salle de
La
jeune hirondelle.

Après
1962, avant d'écrire
L'An 1,
J. Louvet tient compte des remarques,
des débats qui ont lieu sur le spectacle. Il réécrit une version de la
pièce - qui ne sera pas montée. C'est cette version
qui va susciter
l'intérêt de Marc Liebens, puis de
Lucien
Attoun. Celui-ci, en 1974,
demande à Marc Liebens de présenter
Le
train du
bon
Dieu, en 1975, au
Festival d'Avignon, dans le cadre de
Théâtre
Ouvert à la Chapelle des
Pénitents blancs. Peu avant le festival, pendant les répétitions de la
pièce à Bruxelles, Jean Louvet mettra au point la version définitive
qui sera publiée aux Cahiers Théâtre à Louvain, sous la direction
d'
Armand
Delcampe.
Le texte est accompagné d'une remarquable
dramaturgie de
Jean-Marie
Piemme et
Michèle
Fabien.
Le
spectacle d'avril 62 a
surpris. Un décor de Janine Laruelle aux couleurs corrosives, un
décor
sonore étonnant s'inspirant notamment de la musique du Sikkim, des
masques de « Grosses Têtes » qu'on va chercher dans
le
Musée
imaginaire
de Malraux - notamment des masques de
Laponie ; quelques scènes
surprenantes, par exemple, le lettre lue au bon Dieu par Gaspard sur
une échelle du bout du monde ; le jeu étonnant de quelques
acteurs,
notamment Balthazar, acteur-né. Les ouvriers encordés recevant des
sucettes d'un chef de gare (J. Louvet) entrant en scène
« à quatre
pattes », derrière en avant : rien n'est vraiment
attendu dans ce
spectacle cruel, poétique où le public ne retrouve pas toujours la
grève qu'il a vécue.
Quel est le
public ?
La
rapide description du climat politique (grève générale de 60-61,
dynamisme des J.G.S., commémoration du
Fusil
brisé, conférences sur
la situation internationale, Centre de formation) nous a fait
apparaître l'existence d'une gauche importante à La Louvière autour de
quelques personnalités fortes, Jean Rombaux, Michel Wuillot, Raymond
Saublains, le Professeur Gonzalès Decamps et quelques autres ;
cette
gauche organise une forte opposition au sein du P.S.B.
pour les
réformes de structure.

En effet, depuis la
grève
de
1960-1961, il
règne une activité politique intense à La Louvière. Une opposition de
plus en plus forte se développe au sein du
PSB
pour la conquête du
fédéralisme.
Années difficiles qui mobilisent une gauche importante
dans la région du Centre. C'est cette gauche qui rassemble des
enseignants, des syndicalistes affiliés surtout à la CGSP
(1), des politiques qui va
soutenir les spectacles du
Théâtre
prolétarien, gauche à laquelle se
joindront des intellectuels, des artistes autour d'
Achille
Chavée. À ce
public il faut ajouter dix pour cent d'ouvriers qui ne
viennent
pas d'eux-mêmes, mais
sont amenés par d'autres. Les habitants du quartier ouvrier de
Bouvy ne
viendront pas, à de très rares exceptions près.
C'est
d'ailleurs en fonction de la perception de ses pièces par la frange du
public la moins habituée à voir du théâtre que Jean Louvet va réécrire
ses pièces dont il existe souvent plusieurs versions.
Avec
des moyens simples, le
Théâtre
prolétarien va s'inspirer du
Modellbuch
prêté par le
Berliner
Ensemble.
Une grande attention est accordée au
décor, aux costumes. Plusieurs recherches de matière pour les murs de
la cuisine ; certains tissus des costumes feront l'objet de plusieurs
procédés de teinture. C'est Janine Laruelle qui interprète le
rôle de la mère Carrar ; elle donne au personnage sa capacité de
résistance, son entêtement jusqu'au moment où survient la
scène dans laquelle la mère Carrar craque et donne ses fusils.
L'espace est réduit à l'essentiel. Le spectacle est bien reçu par le
public qui découvre un auteur encore peu connu en Wallonie.
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