Un goût de menthe
poivrée
de Jean Louvet
Une aire
de
repos, non loin
d'un fleuve et d'une autoroute. Table et bancs, barbecue, jeux. Deux
hommes, deux femmes, deux couples d'ici, pas loin du canal, de
l'autoroute. Ils bloqués, en panne de voiture, en panne de vie.
Ils se
battent pour sauver leur amour dans ce monde incertain.
« À
midi, tu vas bien ; à quatre heures, tu ne sais plus
quoi ».
Tentative
d'approcher quelques points forts du malaise contemporain : obsession
du sécuritaire, pessimisme ambiant tenace, rejet de l'utopie,
refus de
la critique.
Extrait
ZOÉ. - Je
m'appelle
Zoé.
(un
temps)
FRANÇOISE. - Françoise.
ZOÉ.
-
Bonjour.
FRANÇOISE. - Bonjour. Je suis
transparente. Je n'ai
plus de secrets.
ZOÉ. - Moi, je suis
en panne avec ma voiture. Avec mon mari. Je dois aller au
théâtre pour
travailler. C'est mon mari qui veut m'accompagner. Il a peur. Peur de
me laisser seule sur les routes. Peur de tout. On attend toujours, une
voiture en panne, un mari, le gros lot. Je parie que nous allons
parler argent. Nous allons nous avouer que nous craignons de
ne pas nous réaliser. Il faut se battre. ... Nous ne pleurons
pas, nous
ne rions pas. ... Il faut se battre.
FRANÇOISE.
- Je
connais la rengaine : nous craignons d'attraper une maladie, de perdre
notre emploi. Laissez-moi tranquille.
ZOÉ (
riant). - Je faisais
simplement les présentations des hommes et des femmes
d'aujourd'hui.
FRANÇOISE.
- Je ne
vous ai rien demandé. ... Je suis toujours pressée. Ma
main est prête à
vous dire bonjour, au revoir. Mais mon bonjour cache déjà
un au revoir.
Temps compté, calculé. Rien à partager avec
l'autre.
ZOÉ.
-
Vous
voyez les choses en noir.
FRANÇOISE. - C'est ce
que me reproche Julien. Rencontres de pacotille pour existence
bradée.
Faux rires, fausses confidences sur fond de platitude. Pas de projet.
Rien à se dire. Temps bâclé, temps jeté,
temps-poubelle. Vous me
parlez, mais je n'écoute pas. Je fais semblant. Vos yeux
s'étonnent,
les miens s'étonnent. Vous souriez, je souris. Clonés. Je
peux
parfaitement tenir une conversation sans écouter le moins du
monde ce
que vous attendez de moi. Je réponds par monosyllabes
évasives sans
vous quitter des yeux. Abrégeons, je n'ai pas le temps. Avec le
sentiment bien ancré qu'il m'est désormais interdit de
m'attarder avec
quelqu'un. Donc, très vite faire le tour de ce qui pourrait
advenir
entre nous. Donc, en rester là, très vite. Pour
m'occuper. De quoi ? De
moi sans doute. (
Zoé
s'éloigne) Ne partez pas.
ZOÉ. - Je
vous
laisse. Avec vous-même. Je ne voudrais pas vous déranger.
FRANÇOISE (
la
rattrapant). - Ne
partez pas. Ne me lâchez pas, je vous en prie. Provoquez-moi (
Elle la tient de force).
ZOÉ.
-
Lâchez-moi.
(
Françoise
la lâche)
FRANÇOISE. - Vous
avez raison. Je ne parle que de moi. Restez près de moi. Vous
êtes ma
chance. Vous serez mon amie. Je ne me vois plus. J'ai trop de corps.
Quelque chose comme ça. Trop de corps. Pas assez de...
Personnages
Anne
de Vleeschouwer
Françoise
Dubois
Michel Eggermont
Éric Firmani
...........
...........
...........
...........
Zoé,
épouse
de Léon
Françoise,
épouse de Julien
Léon
Julien
Mise
en scène
Musique
Affiche
Décor
Régie et
éclairages
- Régie générale :
Nicolas Huart
- Conception
des éclairages : Nicolas Huart et Jacques Michy
Photographie
Administration
Création
- Première
du spectacle le
7 novembre 2006
Production
- Deuxième
Atelier d'Écriture, Studio-Théâtre de La
Louvière
Lieu
- 4
représentations du 7 au 12 novembre 2006 au Centre Culturel et
Sportif,
rue des Canadiens, 83 à Strépy-Bracquegnies
(Belgique)
Livret

40
pages, 2006
ISBN
: 9-782872-82568-4
Prix : 8 euros
Ouvrage paru aux Editions Lansman sous le n° 569 dans la
collection :
Théâtre
à Vif
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