Pierre Harmignie
Numéro 17 - Prêtre
coécrit par Armand
Deltenre et Jean Louvet
Présentation
d'Armand
Deltenre
Armand
J. Deltenre fut un
défenseur
de l'identité culturelle wallonne,
cofondateur en 1968 du Rassemblement Wallon, président-fondateur
de
« La Pensée wallonne », écrivain,
essayiste,
dramaturge, auteur d'une quinzaine de pièces en français
et en wallon
(dont
Mossieu Jean Bulot,
Lansman 1996), il a notamment relaté les heures dramatiques
vécues par
les victimes du 18 août 1944 dans
Nût
d'Angouche, dont la création a connu un beau
succès. Cette
oeuvre sera à la base de
La
nuit de Courcelles, pièce écrite avec Jean Louvet
(
Lansman,
1994). On comprendra qu'Armand Deltenre reste singulièrement
marqué par les événements qu'il a vécus
pendant la Seconde guerre
mondiale, en particulier l'arrestation de son père par la
Gestapo. Sa
visite de la cave du Rognac où les victimes ont passé
leur dernière
nuit et sa rencontre avec les rares témoins, l'ont
également
profondément bouleversé.
Lire une
biographie plus étoffée
Lire
l'article
dédié à A. Deltenre sur le wikipedia e walon
Contexte de la collaboration avec Jean Louvet
En
1990, Yves
Vasseur avait monté, dans le carré de Bois-du-Luc,
« Le grand
complot »
avec une centaine de participants. Parmi ceux-ci, il avait
été fait
appel aux acteurs dialectaux de la région du Centre, notamment
à Edmond
Taquet et sa troupe. Le résultat avait été
surprenant, d'autant, comme
l'avait fait remarqué René Hainaux, on voyait des acteurs
habitués à
jouer des personnages de la classe dominée se mettre tout
à coup dans
la peau de ministres, des gens de pouvoir à tous les niveaux.
Un
peu par reconnaissance et par intérêt, Jean Louvet, depuis
« Le
grand
complot » allait voir plus assidûment des spectacles
en
"dialecte"
(
en langue régionale
endogène).
C'est ainsi qu'en 1994, il assiste à Chapelle-lez-Herlaimont
à un
double spectacle : une série de sketches joués par Edmond
Taquet et ses
acteurs et actrices précédés d'un autre spectacle
: « Nuit
d'angoisse »
en dialecte également, texte dû à un auteur
chevronné, militant wallon,
Armand Deltenre. Celui-ci, originaire de Courcelles, a écrit une
pièce
sur le massacre dit du Rognac, perpétré par les rexistes
le 18 août 44.
La surprise de Louvet est très grande, car il voit pour la
première
fois des rexistes sur une scène de théâtre.

Il
se lie
d'amitié avec Armand Deltenre et, toujours sous le coup de la
surprise,
il propose à Armand Deltenre de travailler à partir de sa
pièce sur le
versant historique du rexisme. En fait, la pièce de Deltenre
montre des
hommes et des femmes enfermés dans une cave et prêts
à être assassinés.
Louvet pense que ce serait l'occasion d'en montrer plus sur Degrelle et
ses sbires.
En fin de compte, Degrelle est peu
connu, les crimes de Courcelles - une fois de plus dans
l'amnésie
wallonne - sont encore moins connus ; de surcroît, il faudrait
imaginer
une partie « Mémoire » qui rendrait
hommage aux
victimes du
19 août.
Pendant des mois, Deltenre et Louvet écrivent à quatre
mains ce qui va
devenir « La nuit de Courcelles ». Cinquante
actrices
et acteurs participent au spectacle joué à l'Hôtel
de ville de
Trazegnies. Là aussi on va retrouver des acteurs connus du
théâtre
dialectal (troupe de Michel Meurée, acteurs de
Chapelle-lez-Herlaimont,
acteurs de Charleroi). Jean Capiau construit un décor
étonnant à
plusieurs étages. C'est Jacques Herbert qui va coordonner le
tout sur
le plan de la mise en scène. Le Studio-Théâtre de
La Louvière est
chargé des tableaux historiques consacrés au rexisme et
à l'ascension
de Degrelle. Une des scènes finales de l'attaque à
Charleroi fut un des
plus grands moments du Studio-Théâtre.
Puis
viendra ensuite une seconde pièce plus centrée sur
le
personnage de Pierre Harmignie, celle dont il s'agit.
Présentation de Pierre Harmignie
Pierre
Harmignie a été prêtre et Doyen de Charleroi.
Il est désigné en 1938
pour
exercer le sacerdoce à Charleroi, il a
le souci du culte au sens restreint d'un christianisme
idéaliste, la
joie de voir progresser Charleroi sur un plan humain, progrès
qu'il
refuse d'attribuer « à un déterminisme
économique ».
Il parle
d'améliorer l'électricité de son église, de
l'élargir. Il se réjouit
de
la beauté de l'Hôtel de Ville, de celle de la
Maternité Reine Astrid,
trouve que journal Spirou « est une
révolution dans l'édition ». Cet homme a une
vaste culture.
Il
enseignait auparavant à l'Institut supérieur de
philosophie à Louvain.
Il a une vision conforme, classique du sacerdoce, de l'eucharistie, du
péché, du salut. La guerre va l'amener à
christianisme de plus en plus
incarné.
Harmignie s'enfonce chaque jour un peu plus dans la
résistance, dans
la réalité charnelle de la guerre, allant voler à
Charleroi des sacs
d'aliments pour les enfants juifs qu'il cache, discutant chaque nuit
avec des résistants communistes.
Le 17 août 1944, en
représaille du meurtre du bourgmestre
rexiste de Charleroi et de sa famille par des résistants
à Courcelles,
l'État major rexiste de Bruxelles engage une répression
féroce dans la
région de Charleroi. Les fascistes
se vengent en allant incendier des maisons, prendre des otages pour les
massacrer. Le Doyen sera une proie de choix pour eux. Le point
culminant de ces actions criminelles sera la tuerie de 20 otages
à
l'aube du 18 août parmi lesquels Pierre Harmignie, grande figure
wallonne, secours des pauvres et des réfractaires, des juifs,
chef
spirituel du Pays Noir, apôtre de la paix et du pardon, que les
rexistes voulaient abattre.
Averti peu avant de l'arrivée des rexistes par son vicaire,
le
doyen
reste et prie, « Il est en paix. Il n'a jamais
été aussi près
de
Dieu. » La nuit de Courcelles
va commencer dans une sinistre cave, les pieds dans 20 cm d'eau.
À travers cet homme, il s'agit de l'évocation de la
résistance
tant religieuse que laïque particulièrement intense en
Wallonie.
(source)
Le
ministre de l'Intégration
sociale,
Christian Dupont, assista à l'une des
représentations
de la pièce.
Extrait
Pierre Harmignie,
agenouillé sur
son prie-Dieu devant Notre-Dame-au-Rempart, consacre sa prière
au
peuple de Charleroi, en insistant sur la période 40-41
particulièrement
pénible.
Mon Dieu, protégez-les
même
s'ils ont péché
Aidez-les dans ces temps de barbarie
Le
pauvre est encore plus pauvre
La faim les tenaille tous au
ventre
pauvres ou moins pauvres
j'ai appris à la
connaître
De Dampremy à Marchienne-au-Pont
l'hostie
est noire
entre les lèvres bleues des mineurs
À
la Toussaint ils sortent
leur pardessus en ratine
Le
seul qu'ils auront dans leur vie
Pendant cette prière, le choeur chante en
sourdine :
Pays
de Charleroi,
C'est toi que je préfère,
Le plus
beau coin de
terre,
À mes yeux, oui, c'est toi.
....
Ils vont voir l'opérette
« Le Pays du
sourire »
pour
les aider à sourire
Seigneur, pardonnez-leur
pardonnez-moi.
Cette
année-ci à Pâques
ils ne se sont pas
rhabillés
Manque
d'argent
Ils
ont pris leur bain le samedi
pour nettoyer leur corps
pour
nettoyer leur âme
à la brosse au chiendent
Puis
le dimanche,
ils sont allés dans leur jardin
Parler au-dessus des haies
J'ai
fait sonner les cloches de Pâques
pour vous
mon
Dieu
Sonner,
sonner
pour un grand peuple qui ne se met à genoux que pour
vous
prier
Tandis que les enfants couraient dans les
jardins
ramasser
des oeufs de Pâques,
des oeufs cuits durs
teintés
de vert,
teintés de brun
quelques biscuits avec un restant de farine
gardé
précieusement
Hostie-soleil
Hostie-lumière
Attention
de ne pas croquer le corps du Christ
C'est ce qu'on apprend
à leurs enfants
Ils feront leur première communion
parce
qu'à l'église
on n'apprend pas le mal
dit le
père
qui, lui, ne vient qu'à la Sainte-Barbe
ou à la
Saint-Eloi
avec
son beau costume
Il reste au fond de l'église
Mais
la nuit, dans la veine étroite du charbonnage,
ils ont
à
leur manière honoré la petite Sainte-Barbe en porcelaine
Seigneur
Écoutez
les sabots à clous des enfants marteler Saint-Christophe
Écoutez
le glas de la Toussaint
car ce peuple-là honore ses morts
Ici,
ils vivent d'ailleurs entre eux
les vivants et les morts
À
Charleroi, on ne meurt pas
on survit dans la mémoire des
hommes
aux yeux cernés de noir
en attendant, mon
Dieu,
le jour de la résurrection
Il
se fait tard
C'est bientôt Noël
À cette
occasion
parfois un enfant du pays revient de loin
chanter
« Minuit, Chrétiens »
C'est le
même,
dit-on, qui revient depuis dix ans
Il n'a pas su oublier
On
n'oublie pas, Seigneur,
On ne les oublie pas
Jamais.
Noir.
Personnages
- le récitant
et un choeur ;
- Pierre Harmignie ;
- Christine,
sa
gouvernante ;
- son vicaire ;
- des paroissiens ;
-
des résistants ;
- des religieuses ;
- des
rexistes,
vendeurs de journaux ;
- des ouvriers cheminots ;
-
des menuisiers ;
- des hommes, des femmes ;
-
Léon Degrelle ;
- Joseph Pévenasse ;
- Victor
Matthys.
Le spectacle peut
être
joué avec un groupe minimal de 12 comédiens et
comédiennes.
Lors
des représentations
données à l'Hotel de Ville de Trazegnies en avril 2005,
les
rôles ont été joués par les personnes
suivantes :
-
Les Comédiens de Sarty
(Courcelles) :
Dany
Eisenhuth, Muriel Eisenhuth, Axelle Francq, Jeannine
Hansenne, Léon Hensenne, Carlo Marini, Ariane Meunier, Michel
Meurée,
Benoît
Neefs, Johan Pêtre, Axelle Urbain, Maryse Vekeman et
Régine Verly.
Marie-Christine Bois,
Maryline Depasse, Luc Devriese,
Marc Duray,
Alfred Durieux, Marc Durieux, Emelyne Lauwereys, Jean-Claude Lauwereys,
Simon Lauwereys, Christiane Malherbe, Jean-Claude Mansy, André
Mus,
Julien Pétiniot, Philippe Ponlot, Sébastien Sabbe et
Patrick Sioli.
Mise
en scène
Musique originale
Affiche

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Scénographie
Régie
- Freddy
Dandois et Johan
Boeykens
Création
- La
pièce a été créée le 1er
avril 2005 à
l'Hotel de Ville de Trazegnies.
Co-production
- Ce
spectacle est le fruit d'une collaboration entre :
- Les
Comédiens de Sarty,
- Les Disciples de Chénier,
- le
Foyer culturel de Courcelles : La Posterie,
- et
le Studio-Théâtre de La Louvière.
Livret
60
pp., 2005
ISBN :
2-87282-483-9
Prix : 8 euros
Ouvrage paru aux Editions Lansman sous le n° 484.
Collection :
Texte
hors collection.
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