Le Mirage des Oliviers

de Franck Livin



Yacine a perdu le sens de la vie. Le brouillard s'abat sur les souvenirs d'enfance et éloigne le jeune Berbère de son avenir, en Europe. Son père, victime de la haine des hommes, panse ses blessures. Envie de vengeance ou appel à la tolérance ? Où est la réponse ?


Extrait

Tableau 6. Yacine, couché dans un divan. Son sommeil est très agité. Un vieillard apparaît. Il porte un burnous usé. Il regarde Yacine et s'assied en tailleur à ses côtés.

SALEM. - Mon fils, ils m'envoient te dire qu'ils n'apprécient pas.

(...) Eh bien, ta participation à cette mascarade. Depuis quand les gens du village, dont tu fais partie, peuvent-ils s'en prendre à la vie des autres ? Te crois-tu donc au-dessus des lois divines ? Seul le tout-puissant se réserve le droit de décider de la vie de l'un de ses sujets, si infâme fût-il. Qu'espères-tu ? Qu'Allah t'accorde une partie de ses prérogatives ? Qu'il t'autorise à te faire justice toi-même ? Tu t'exposes à son terrible courroux. Les hommes que nous sommes se doivent de le servir, non de le remplacer. II n'y a de justice que divine. Yacine, mon fils, le conseil des sages s'est réuni et condamne ton envie de violence. Il te demande de renoncer à ton projet.

(...) Tu es décidé à aller jusqu'au bout ? Rien ni personne ne te fera changer d'avis ? Quelle obstination, quel orgueil ! Ainsi donc tu renies ton éducation. Tout ce que nous t'avons inculqué : humilité, obéissance, respect des traditions... Ces choses font partie de toi depuis que tu as cessé de t'agripper à la fouta de ta mère. As-tu oublié les paroles de tes parents ? Les recommandations de ton grand-père ? Les berceuses de la vieille femme, le soir venu ?

(...) Tu dois mesurer le danger qui nous guette tous. Car par ton acte, tu impliques notre responsabilité. La main du meurtrier sera la main du village entier. Comment peux-tu accepter l'idée de jeter l'opprobre sur nos frères ? Il faut rester simple, accepter la loi divine. Apporter secours et soutien à la famille et au-delà, à ceux qui nous entourent. C'est là le vrai message du livre divin. Nous t'avons enseigné la fraternité, pas la haine. Nous t'avons appris la solidarité, pas l'individualisme aveugle. Souviens-toi de l'histoire de ce vieillard en guenilles à qui Mouloud, le berger, portait un peu de lait de chèvre, le matin, avant de conduire ses moutons dans la montagne. Que serait devenu le vieil homme s'il ne lui avait cédé une partie de son propre confort, jour après jour ? Et crois-tu qu'Allah aurait exprimé sa gratitude à Mouloud, comme il le fit, en lui faisant cadeau d'une oie magique ?

(...) Yacine, je sais que la mémoire de ton père occupe ton âme toute entière. Il est difficile de pardonner l'impardonnable. Nous ne te demandons pas de le faire. Nous insistons seulement pour que tu ne te substitues pas à la justice suprême. Cet homme que tu veux punir pour un acte odieux, ménage-lui le plus cruel des châtiments... Laisse-le vivre avec la conscience que les hommes savent ce qu'il a fait. Nous ne sommes pas dupes : nous savons ce qui s'est produit. S'il échappe à la justice des hommes, il se heurtera à celle de Dieu. Il errera, sois en sûr, jusqu'à la fin de sa misérable existence sans pouvoir trouver la paix intérieure. Laisse le destin décider de son sort. En agissant de la sorte, tu auras grandi, mon fils. Définitivement. Rentre chez nous la tête haute. Le village n'a pas changé. La vie reprendra son cours. Nous soignerons ton père. Avec l'aide de Dieu, ses jambes se planteront à nouveau sur le sol de son enfance. Les oliviers nous ont gâtés cette année. La récolte sera bonne. Nous aurons besoin de bras jeunes pour recevoir les fruits qu'ils nous tendent.

(...) Bien, il faut que j'y aille à présent. Par-delà les montagnes, la nuit baille et le jour s'étire. Quand le soleil aura brûlé toutes les ombres, les sages se reverront. Il ne te reste que quelques heures pour éviter le pire. Prends la bonne décision surtout. Ne nous déçois pas.

Le vieil homme se retire et Yacine se retourne sur sa couche.


Personnages
Michel Eggermont
Jean Leroy
Emmanuel Loretelli
Stéphane Mansy
Robert Stoupy
Valérie Watillon

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Salem, le grand-oncle
Charles
Yacine
André
Amar, le père
Marie



Mise en scène

Décor

Affiche

Musique

Régie

Photographie

Création

Production

Lieu

Livret


recto du livret87 pages (deux pièces) Octobre 2004
ISBN : 2-87267-082-3
Prix : 7,50 euros
Ouvrage paru aux Éditions du Cerisier dans la collection théâtre-action.

vignette verso livret
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