Comme
une chanson d'amour
de
Franck Livin
Max
veut être reconnu par le chef de bande - père de rechange - et adhérer
à des valeurs, quelles qu'elles soient, même les pires. Le prix à payer
? Max entraîne son amie dans un guet-apens pour la livrer à la violence
de la bande. Facette révélatrice d'un malaise profond. Des témoins
n'ont rien vu, rien entendu... mais finiront par prendre conscience de
leur faute, ainsi que Max.
La responsabilité de
la bande et celle de la société sont renvoyées dos à dos dans une
parodie de justice.
Extrait
Tableau 3.
Lise est seule en scène.
Elle fixe du regard un sablier qu'elle protège avec ses mains.
LISE.
- J'ai envie de te tutoyer. Regarde-moi. Oui, c'est ça. Moi, je te
parle, toi, tu m'écoutes. J'ai confiance. Toi, tu ne trahiras pas.
Poussière bleue aspirée par le vide. Force tranquille. Sable qui coule
sans couler. Matière morte toujours en mouvement. Tu t'élances et
emplis les moindres contours du sablier. La petite fille
confie
ses
malheurs à sa poupée, à son animal domestique, à son objet
fétiche. Je
suis la petite fille et tu es mon confident. Je demande juste un peu
d'empathie. Je ne sais par quel bout je dois
saisir l'histoire. Elle va
se dérouler comme un serpentin avec lequel le vent aurait décidé de
s'amuser. Tu trouveras le fil.
(
Pause)
Tu
sais, je n'ai jamais aimé la ville. C'est comme un tunnel qui
refuserait de s'ouvrir sur la lumière. Il y fait si sombre la nuit. Et
puis le bruit m'oppresse. Terriblement. Il colle à la vie.
(
Pause)
La
ville hante mes jours. Elle hante mes rêves. Je la fuis. Elle me fait
peur. Je n'ose plus la regarder en face. Je ne veux plus qu'elle me
dévisage. Qu'elle me frôle dans la rue. Qu'elle m'enferme au milieu de
la foule anonyme. Qu'elle confisque mes sens et me dépouille de
moi-même. Laissez-moi. Ne m'approchez pas. Je vous en prie, faites
comme si vous ne me voyiez pas. Je n'existe plus. Je veux être seule.
Votre souffle chaud m'est insupportable. C'est à en vomir. Non, vous ne
me faites pas rêver. J'ai oublié le langage des
rêves. La petite fille
tranquille n'attend plus le marchand de sable. Les nuits sont longues
sans les visages de l'enfance. Elles se
succèdent inlassablement,
déchirées par des visions d'horreur. Toujours le même film. Le scénario
reste inchangé.
Comme si
le cauchemar
s'obstinait à inventer le même début. D'abord, deux yeux angoissés
déchirent mes songes. Un corps sautille dans les buissons. C'est un
lièvre. Derrière la meute des chiens, l'air transporte les cris des
chasseurs. Le timbre de leur voix claque comme des balles aux oreilles
de l'animal affolé. Et puis enfin le gîte salvateur.
Le
lièvre avance, rampe. Le trou qui se rétrécit. Ses pattes qui se
raidissent. Ses ongles grattent le sol. L'air lui manque. Il suffoque
sans avoir poussé un cri. Je hurle, je me roule en boule et je
sanglote. Toutes les nuits se ressemblent. Je me mets en scène. Musique
! Une mélodie sombre et envoûtante. Pour m'effrayer davantage encore.
Je construis les cauchemars de mes nuits. Je revis l'effroi de ce
moment où...
(
Pause)
Je
ne dois pas m'inquiéter. Il faudrait juste changer d'air, oublier. Ce
serait si simple. Les autres ne comprennent pas. Ils ne savent pas que
le passé m'habite. Que le présent se fait sans moi et que le mot futur
n'existe plus. Je suis juste bonne à dialoguer avec le temps que tu
égraines sans complaisance. Chaque grain est comme une part de moi-même
qui disparaît. Je m'enfonce chaque jour un peu plus parmi cette brume
épaisse où les chemins s'égarent. J'ai besoin de tes conseils de sable
fin. J'ai peur de ne plus avoir la capacité de faire confiance.
Personnages (à compléter)
Anne
De Vleeschouwer
...............
...............
...............
...............
...............
...............
...............
...............
Lise
Éric
Max
Rem
Sam
Inspecteur
Marc
Phil
Mise
en scène
- Jean Louvet et Pierre Louvet
avec l'aide de la troupe.
Décor
Affiche
Musique
Régie
- Régie
Lumière : Jacques Michy
- Conception des éclairages :
Pierre Louvet
- Régie son : René Cornu
Photographie
Création
Production
- Studio-Théâtre
de La Louvière
Lieu
- Centre
Culturel et Sportif, Strépy-Bracquegnies
Livret

23
pages, novembre 2002
Étant donné qu'il s'agit d'un tirage
provisoire chez Lansman (Editeur) non diffusé dans le commerce et non
répertorié, vous pouvez vous le procurer en vous
adressant directement au
secrétariat
du Studio-Théâtre.

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